Menace et religion

La première menace contre la liberté religieuse est l'extrémisme religieux.

Dans le monde entier, la liberté religieuse ne cesse d'être menacée. À une autre époque, la foi subissait principalement l'hostilité des autocraties laïques ou des régimes totalitaires. Les choses ont changé. Aujourd'hui, les persécuteurs les plus actifs des religions minoritaires ou des dissidents religieux sont les extrémistes. Au cours de ce siècle encore jeune, le monde aura assisté à une augmentation spectaculaire du nombre de groupes extrémistes pour qui les «autres» religions se doivent d'être combattues en raison de leurs soi-disant transgressions.
Les États reconnus ne sont plus les seuls à commettre des abus, comme au temps de la Guerre froide. Au Moyen-Orient, l’État islamique est devenu le parangon d'une organisation terroriste épousant une odieuse idéologie, d'inspiration religieuse, et honnissant la diversité de pensée et de croyance. Ses attaques génocidaires sur les Yézidis, remontant déjà à l'année dernière, et le choix entre la «conversion ou la mort» offert aux chrétiens (documenté dans un article récent et très commenté du New York Times) en sont quelques preuves parmi les plus atroces. Mais les musulmans ne sont pas pour autant épargnés. Les chiites ou les sunnites dissidents peuvent aussi être condamnés à mort.

Le Moyen-Orient n'est pas la seule région du monde affectée par cette nouvelle tendance. En Asie du Sud, les talibans (que ce soit dans leur version pakistanaise ou afghane) s'en sont pris aux chrétiens et à d'autres non-musulmans, tout en attaquant de manière abjecte des sectes islamiques censées incarner les «mauvais» musulmans. En Birmanie, le Mouvement 969, formé par des moines bouddhistes radicaux, incite au lynchages de musulmans de la minorité Rohingya. Et ces moines extrémistes suivent le même programme que leurs homologues du Sri Lanka, qui prennent aussi pour cible les minorités chrétiennes et musulmanes de ce petit pays insulaire.
En Afrique, la violence de l'extrémisme religieux touche aussi un nombre croissant de pays. L'organisation terroriste Boko Haram s'en prend autant à des églises qu'à des mosquées qui s'opposent publiquement à son idéologie et à sa brutalité. En Centrafrique, des milices d'obédience religieuse auront commis des massacres dans les communautés chrétiennes et musulmanes. À divers endroits du continent, plusieurs extrémistes ont annoncé leur ralliement à l’État islamique, nouvelle franchise de la violence religieuse.

Une nouvelle réalité qui constitue un épineux défi pour la communauté internationale, et pour ses engagements en faveur des droits de l'homme et de la liberté religieuse. Ces groupes sont souvent hors de portée des canaux diplomatiques normaux. Ce que peut penser le monde leur importe peu, vu qu'ils cherchent activement à bousculer l'ordre international.
Consolider la lutte contre le terrorisme
Pour y réagir, il faut que les gouvernements réfléchissent à de nouvelles stratégies. Il n'existe pas de recette unique permettant de vaincre le sectarisme religieux. L'extrémisme religieux violent se nourrit de nombreux facteurs, souvent spécifiques à des contextes locaux. La réaction se doit donc d'être flexible, globale et coordonnée, elle ne doit pas se fragmenter entre divers bureaux et agences. La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), dont je suis le directeur chargé de la politique et de la recherche, a proposé l'an dernier une série de changements à appliquer au droit et à la politique afin de permettre aux États-Unis d'être en meilleure posture pour s'engager sur ces questions. Parmi ses recommandations, l'USCIRF conseille aux États-Unis de modifier sa liste des «pays particulièrement préoccupants» afin d'y intégrer les pires transgresseurs de la liberté religieuse même s'il s'agit d’États faillis ou d'acteurs non étatiques, d'augmenter les financements alloués aux recherches de terrain et d'accentuer l'importance de la tolérance et de la liberté religieuse dans ses campagnes de communication les plus stratégiques. 

Slate.fr